Tragédie classique et capsules

Comment enseigner la tragédie classique et sensibiliser des étudiants étrangers au dilemme cornélien en 2 heures sans qu’ils ne s’endorment en écoutant passivement les stances du Cid ?

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Voici quelques pistes à exploiter pour des cours relevant les mêmes défis :

  • La tragédie classique en classe inversée

La tragédie classique a été présentée sous forme de capsule que les apprenants ont regardée chez eux en prenant des notes. En 5 minutes, il est impossible de présenter un tel sujet. Néanmoins, cette capsule a donné un premier cadre, un premier niveau de connaissances que nous avons complété en présentiel lorsque, en cours, les étudiants ont reconstruit ces premières connaissances sur la tragédie classique. J’ai alors pu approfondir, donner des exemples sans monopoliser la parole et en les faisant participer et comparer avec le drame shakespearien qu’ils connaissaient tous.

  • Modélisation des attentes

Ensuite, nous avons abordé la pièce avec un schéma des personnages (en version simplifiée) et nous avons étudié la première stance ensemble pour mettre en lumière le dilemme et la douleur de Rodrigue en nous appuyant sur quelques figures de style.

  • Création d’une capsule par les apprenants

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Ensuite, continuer à ce rythme l’étude de toutes les stances aurait démotivé les étudiants dont l’effort cognitif était déjà très élevé pour une compréhension littérale du texte. Il était nécessaire de les rendre actifs. J’ai donc choisi de privilégier la qualité de leur lecture à la quantité (la lecture de l’intégralité des stances). Ils ont alors travaillé en petits groupes avec une tablette et l’application Explain Everything : chaque groupe devait étudier une stance et produire une petite capsule dans laquelle serait présentée une courte analyse de la stance, en utilisant les outils tels que le laser, le crayon et en enregistrant la voix. Ainsi, après un moment de stress tout à fait compréhensible, les groupes se sont mis au travail en collaborant, s’entraidant, négociant, etc. Dix minutes avant la fin du cours, tous les groupes sont partis à la recherche d’un lieu silencieux pour l’enregistrement des commentaires et le travail était terminé pour tous à l’heure.

  • Une capsule d’apprenants complétée par le prof

Lorsque j’ai regardé les capsules, j’ai constaté qu’il manquait certains commentaires : j’ai donc pris la liberté d’ajouter certaines remarques à la fin de chaque capsule, à la fois pour équilibrer les analyses mais aussi pour compléter cette polyphonie et pour poursuivre ce travail de co-construction de la classe inversée qui met l’enseignant à côté des apprenants et non plus sur un piédestal.

Le bilan en ce qui concerne la motivation est plutôt positif : chacun a dû s’investir et être actif pour faire ressortir ce dilemme en observant attentivement la syntaxe, le lexique. L’ambiance était vraiment studieuse et dynamique.

  • Donner du sens à l’ensemble des capsules

Chaque étudiant a reçu les liens de toutes les capsules (voici un exemple) et doit les regarder, prendre des notes pour être capable de faire un commentaire du même type à partir d’un autre extrait de tragédie.

Certes, tous n’ont pas lu l’ensemble des stances. Mais lors du prochain cours, nous regarderons une mise en scène de cet extrait et le puzzle des analyses permettra à chacun de sentir le dilemme en extrapolant ce qui a été dit dans une stance à toutes les stances.

 

Cartographie en ligne et perspective actionnelle : ex de carte sur les vêtements d’occasion

Voici un nouvel exemple de détournement de l’outil de cartographie en ligne de Google pour un usage pédagogique.

La perspective actionnelle considère l’apprenant comme un « acteur social » et ne limite pas l’apprentissage de la langue à la seule communication : elle l’inscrit dans un contexte social, réel et lui fournit des tâches en lien avec la vie réelle.

La cartographie permet de rassembler les productions, de les publier et de leur conférer dans une certaine mesure une utilité grâce au partage, à la publication et à la géolocalisation des productions finales, qu’elles soient au format texte, photo ou vidéo.  C’est donc un excellent support pour la présentation de la tâche finale, qui aura, par ailleurs, le mérite de perdurer au-delà du temps et de l’espace de la classe.

Voici un exemple de tâche finale qui porte sur les magasins de vêtements d’occasion de la ville où j’enseigne :

Le groupe a fait un travail sur le thème de la société de consommation, notamment ceux qui rejettent la consommation à tout prix, les décroissants. Le sujet des vêtements d’occasion est très intéressant sur le plan interculturel puisque dans certaines cultures, on rejette cette pratique considérée comme non hygiénique, tandis que pour d’autres, les fripes Vintage sont à la mode. Ainsi, après avoir lu, réfléchi et échangé sur les vêtements d’occasion, les étudiants ont cherché sur Internet où trouver de tels magasins puis, par groupes, ils sont allés sur le terrain et ont discuté avec les gérants des magasins pour connaître les spécificités de chaque point de vente. La tâche était d’écrire un petit article avec la localisation, les horaires d’ouverture, les règles pour déposer les vêtements, leurs caractéristiques, etc.

J’ai ensuite collé sur une carte les productions écrites pour avoir une vision globale de tous ces magasins et cette carte a été publiée et partagée sur le Facebook de notre centre de langue, ce qui a engendré des commentaires écrits mais de nombreux échanges entre étudiants, enseignants, secrétaires car untel ne connaissait pas telle boutique, un autre était stupéfait d’apprendre qu’on pouvait trouver un sac à main d’occasion à 2300 euros… Bref un des mérites de ces cartes est qu’elles permettent non seulement de montrer le travail des apprenants, mais surtout de leur donner du sens en ouvrant la porte de la classe sur l’extérieur, sur le monde réel.

Voici un tutoriel pour créer des cartes interactives :

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Capsule pour entrer en lecture : « L’Avare » de Molière

Comment faciliter l’entrée en lecture d’une comédie classique telle que « L’Avare » pour des étudiants étrangers ?

Outre le fait d’avoir choisi une version en français facile (Clé International) et des extraits de l’œuvre originale, j’ai proposé une capsule à regarder chez soi, à son propre rythme pour présenter les éléments essentiels de la vie de Molière et le schéma des personnages.

En présentiel, les apprenants ont reconstitué les informations importantes sur la biographie de Molière, collectivement. Par petites touches, j’ai complété, approfondi certains éléments (les dévots) et ai répondu aux questions. Par exemple, la différence entre « bourgeoisie » et « aristocratie » n’était pas claire pour la plupart des étudiants. Le fait que les apprenants prennent la parole et donnent les informations à la place de l’enseignant a été positif. Par contre, il aurait été judicieux de leur demander de compléter ces informations en faisant des recherches, même en L1, pour enrichir et diversifier ces éléments biographiques. La capsule rassure mais invite facilement les apprenants peu confiants en leurs capacités au psittacisme… Pourtant, assurément, le fait de proposer un premier cadre avec 4 ou 5 points de repère importants sur la vie de l’auteur aide à la construction de la connaissance, par couches successives. Ces fondations données à distance facilitent la construction en cours.

Quant à la présentation animée du schéma des personnages, elle a le mérite de donner des points de repère bien plus clairs que la liste traditionnelle des personnages grâce à la mise en perspective spatiale et grâce au déroulement progressif du schéma, tout en mettant en valeur les relations qui président entre les personnages : le parallélisme entre les deux couples d’amoureux et leur opposition à Harpagon sont ainsi bien plus visibles et facilitent la compréhension du début de l’intrigue.

La dépense cognitive ayant eu lieu ailleurs et avant le cours, nous avons pu entrer plus rapidement dans l’acte I.

Voici un exemple de capsule pouvant servir à faciliter cette entrée en lecture…

L’avare de Molière from Geraldine L on Vimeo.

Capsule pour entrer en lecture : accompagner la lecture d’une nouvelle « Cet homme et cette femme » d’A. Gavalda

La longueur d’un texte littéraire donné à lire en autonomie à la maison est souvent proportionnelle à la baisse de motivation pour poursuivre la lecture jusqu’au bout. Le texte a beau être captivant, plus il est long, plus nombreux sont les apprenants de L2 qui renoncent rapidement.

Dans quelle mesure les outils numériques peuvent-ils offrir une aide pour lutter contre ce stress de devoir comprendre le sens général d’un texte tout en buttant sur la compréhension du lexique ou d’une structure grammaticale ?

Je suis partie de l’hypothèse que donner un enregistrement audio ou une vidéo peut aider à consolider les stratégies d’apprentissage [Cyr, Les stratégies d’apprentissage, 1998, Clé International], et plus particulièrement les stratégies socio-affectives des apprenants, à encourager la motivation et à réduire l’anxiété face à un texte long et littéraire a fortiori. Aussi ai-je proposé à mes apprenants étrangers de littérature française des fichiers audios et des capsules dont l’objectif était d’accompagner l’entrée en lecture lorsqu’ils travaillent seuls, en dehors de l’espace de cours.

J’ai d’abord testé le simple enregistrement audio de ma lecture à voix haute pour accompagner la lecture d’une nouvelle : le retour a été positif car non seulement la voix enregistrée offre une interprétation qui les aide pour une compréhension globale du texte, mais il est aussi possible d’utiliser le fichier audio comme outil pour améliorer la prononciation en écoutant par morceaux et en répétant chaque phrase.

J’ai ensuite testé la capsule pour ajouter une dimension visuelle. Voici un exemple avec la nouvelle « Cet homme et cette femme » d’Anna Gavalda (Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part). Les apprenants avaient le texte au format papier et devaient regarder en même temps une courte vidéo dans laquelle sont proposées successivement

  • une lecture de la nouvelle avec une image fixe pour permettre aux apprenants de suivre le texte papier sans distracteur
  • et les premières consignes, à savoir le relevé de certains champs lexicaux (l’argent, le luxe et le mépris) afin d’orienter l’interprétation des apprenants vers une caractérisation des personnages.

Le retour que j’ai eu de mes apprenants a été positif : tous avaient lu la nouvelle et avaient suivi les consignes. Ils ont préféré unanimement être accompagnés par une capsule plutôt que par un simple fichier audio car la capsule présente l’avantage de montrer l’écriture et l’orthographe des mots prononcés et ils ont eu le sentiment que c’était plus facile d’aller jusqu’au bout car quelqu’un lisait avec eux.

Côté enseignant, l’expérience m’a aussi semblé enrichissante dans le sens où nous avons pu commencer le cours en entrant rapidement dans le portrait des deux protagonistes. Les impressions ont tout de suite fusé « je ne voudrais pas un mari comme ça » « Mais ils ne s’aiment pas » « C’est un couple superficiel », etc. İl aurait fallu faire l’expérience avec une autre classe sans donner la capsule pour être sûr que celle-ci a un peu aidé les apprenants. Comment savoir si ce n’est pas le seul effet de la nouvelle, petit bijou pour les apprenants de FLE car elle est écrite sans passé simple ? Je m’appuie sur les dires de ces apprenants-là, qui corroborent des impressions tout aussi positives dans d’autres cours de littérature où des capsules ont été utilisées pour exploiter au mieux le dispositif hybride de la classe inversée, un peu détournée, puisqu’il ne s’agit pas de transmettre du « savoir » à la maison, mais d’offrir une aide, un petit coup de pouce pour entrer en lecture.