Apprendre à argumenter avec une capsule faite à partir d’une production d’apprenant

Pour (re)voir la méthode d’argumentation (de type Delf B2), je suis partie de la production de mes étudiants et, plutôt que de faire un cours magistral pour répéter ce que doit contenir une introduction, quelle structure doit suivre chaque paragraphe, etc., j’ai choisi de photographier la production d’une étudiante qui m’a donné son accord pour en faire une capsule de méthodologie.

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Capsule « Structurer son argumentation »

Le fait de partir de la production d’une personne du groupe a permis de viser au mieux le niveau initial « réel » pour argumenter et d’éviter de mettre la barre trop haut, ce qui aurait pu en décourager certains.

Un autre avantage est que cette copie n’est pas une production parfaite : au contraire, le fait qu’elle présente des imperfections non seulement dédramatise les erreurs des autres apprenants, mais permet de mettre en évidence ce qu’il faut éviter, comme, par exemple, l’absence de séparation typographique entre l’introduction et le premier paragraphe. En partant de la production d’un apprenant, on évite ainsi la dimension désincarnée et abstraite d’un cours théorique de méthodologie et la capsule permet, en fin de parcours, un résumé qui reprend les grandes lignes de la théorie.

Enfin cette capsule a été efficace car elle conserve un contexte affectif qui les concerne : ils ont chacun fait l’exercice avec ce sujet sur la Cop21, connaissent tous celle qui a écrit et reconnaissent la voix de leur enseignante qui leur donne des conseils. Il me semble évident que si j’avais pris une capsule toute faite sans ce contexte affectif, elle n’aurait pas eu la même efficacité.

Est-ce de la classe inversée ? Oui, dans le sens où les étudiants ont regardé chez eux la capsule pour reconstituer la méthodologie de l’argumentation et où cela nous a fait gagner du temps pour enchaîner sur un autre exercice d’argumentation pendant le cours en présentiel au lieu de perdre du temps à prendre des notes sur comment argumenter.

Enseigner la grammaire avec la classe inversée en FLE : retour d’expérience (varier les expressions du but)

Voici un retour d’expérience d’un cours de grammaire fait en classe inversée, spécialement dédié à ma nouvelle équipe qui commence à s’immiscer dans les joyeux mystères de la classe inversée, notamment en participant aux enregistrements des dialogues !

Mon objectif était de faire prendre conscience à mes étudiants qu’il existe d’autres moyens pour exprimer le but que « pour » et « pour que ». J’ai donc choisi de faire une capsule à partir d’un dialogue qui, loin d’être authentique, concentrait (presque) toutes les possibilités pour exprimer le but et qui sert de document déclencheur à la capsule. J’ai choisi de ne pas donner la transcription du dialogue sur la feuille de route de manière à obliger les étudiants à être attentifs au dialogue enregistré.

Voici la capsule envoyée aux étudiants et la feuille de route sur Exprimer le but FDR qu’ils ont remplie chez eux. La capsule a été vue au moins 2 fois par chacun de mes 16 étudiants. Et certains l’ont regardée à nouveau après le cours en présentiel.

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En cours,

  • nous avons commencé par les impressions et les questions : un étudiant m’a fait remarqué que j’avais utilisé un lexique trop technique (« subordonnée », « conjonction de subordination », « préposition »). Nous avons dû revenir sur ces termes et les expliquer.
  • Puis nous avons inversé la classe : j’ai cédé ma place à une étudiante qui a expliqué aux autres et à celui qui n’avait pas vu la capsule ce qu’elle avait retenu d’important. Le fait que le cours soit reformulé par un apprenant, avec ses propres mots et ses propres exemples a augmenté le niveau d’attention du groupe, car, dès que l’étudiante qui expliquait a eu un problème, un autre étudiant a pris le relai et s’est déplacé au tableau pour aller écrire son propre exemple. Ces déplacements spatiaux participent au dynamisme du cours et ont d’après moi une importance fondamentale car, à tout moment, chacun peut intervenir spontanément ou sur demande, pour contribuer à la bonne compréhension de la notion, il doit être susceptible de répondre, de corriger, d’aider. La pédagogie active passe donc par la co-reconstruction du savoir mais aussi par le déplacement physique…
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    Reconstitution du cours et proposition d’exemples faits de manière collaborative : R. corrige l’exemple de M.

    Inutile de parler du réinvestissement oral, au moins aussi important que le réinvestissement écrit.

  • Bien sûr, tout ce cours est en grande partie basé sur l’improvisation à partir du canevas de la capsule. J’ai pu découvrir en direct les faiblesses de ma capsule à leurs difficultés : j’aurais dû commencer par un exemple avec « pour » et « pour que », séparer l’expression du but de celle de la crainte. Mais j’ai aussi eu de bonnes surprises, notamment leur engouement pour l’outil le plus difficile (la relative au subjonctif après l’expression du souhait) et pour trouver des exemples d’utilisation dans la vie quotidienne.

    La phrase qui nous a fait le plus rire :
    La phrase qui nous a fait le plus rire : « Je fait des ménages de façon à ce que ma femme soit contente. »
  • Cette séance sera suivie par des exercices structuraux à faire à la maison et par un quiz en ligne de 10 items de plus en plus difficiles. La (petite) tâche complexe qui donne du sens à l’apprentissage de cette notion : un exercice de réécriture individuelle d’un court texte expliquant pour quoi ils apprennent le français et dans lequel ils devront varier l’expression du but. J’avais déjà demandé cet exercice en début d’année et je mettrai en parallèle pour chaque étudiant la production du début d’année et celle du week-end pour mesurer l’enrichissement des phrases et leur degré de complexité.
  • En conclusion, si je compare ce cours avec le cours que j’aurais pu faire sans inverser la classe, je pense que sur le plan des résultats, il y a peu de différences. Toutefois, nous avons eu tous beaucoup de plaisir à vivre ce cours car il se transforme en grand jeu de rôles où les rôles sont inversés et redistribués : l’enseignant est là, toujours chef d’orchestre, mais discret. On peut compter sur lui en cas de panne, d’impasse, mais les apprenants prennent en main la notion pour se l’approprier. Et sur le long terme, cette prise en main devrait se faire sentir et devenir plus spontanée car elle a tout de suite été placée sous le signe de l’autonomie.

İnverser la classe dès le premier soir : retour d’expérience

Partant du postulat que l’enseignant de FLE doit tenter de limiter son temps de parole pour favoriser la production orale des étudiants, j’ai tenté cette année d’inverser la classe le plus rapidement possible, dès le deuxième jour, et surtout, après avoir récupéré les adresses de messagerie de mes étudiants pour leur envoyer une capsule.

Après les présentations de chaque étudiant lors du traditionnel tour de table, le premier cours adopte souvent un format magistral car il faut parler des objectifs, du programme, des règles de fonctionnement, etc. Aussi ai-je tenté de briser ce monopole de la parole enseignante en inversant la classe le plus vite possible : mes étudiants (niveau B1) ont regardé le soir, chez eux, à leur rythme une capsule qui leur indiquait les règles à respecter pour favoriser le bon fonctionnement du cours et leur intégration en France tout en remplissant une feuille de route visant à faciliter la prise de notes et la mémorisation.

Le bilan est très positif : le lendemain, assise parmi eux, j’ai écouté leur retour, leur reconstitution de ces règles, en n’intervenant que très ponctuellement. Ils étaient actifs et attentifs, se posaient des questions et y répondaient (par exemple, Peut-on boire de l’eau en cours ?), alors qu’un cours traditionnel les aurait rendus passifs. D’autre part, le fait d’avoir écouté un modèle la veille leur a fourni un « canevas » pour s’exprimer de sorte que les plus timides, les plus faibles à l’oral ont osé prendre la parole car ils n’avaient pas à trop s’exposer, leur prise de risque était limitée. Enfin, un autre avantage de cette inversion rapide repose sur le dynamisme initié dès le début de l’année : les autres capsules sont arrivées « naturellement » dans les pratiques de classe.

Enseigner les réseaux lexicaux avec les cartes mentales (Simplemind par exemple)

Au moment où nous préparons des fiches « bilan » pour enseigner le lexique, voici quelques pistes intéressantes pour mieux organiser en sous-catégories la présentation du lexique :

Quel est l’intérêt des arborescences et autres cartes mentales ?

Je vous invite à écouter une émission (5 minutes) de France İnfo avec Alain Lieury sur la mémoire dans laquelle il rappelle l’importance de la mémoire sémantique qui organise les connaissances et a besoin de les hiérarchiser.

Voici, pour compléter, un extrait de Mémoire et réussite scolaire, Alain Lieury, Dunod, 1997, p.27 :

« Principe de hiérarchie catégorielle

Qu’est-ce donc que le sens, si ce n’est le mot ? En s’inspirant d’expériences antérieures qui montrent que la mémorisation est grandement facilitée par l’organisation en catégories naturelles (animaux, plantes, etc.), Collins et Quillian ont suggéré que comprendre, c’est d’abord catégoriser [C’est moi qui souligne]. Comprendre ce qu’est un « canari », pour prendre leur célèbre exemple, c’est savoir que c’est un oiseau. Mais comprendre ce qu’est un oiseau, c’est savoir que c’est un animal, de sorte que le sens des mots ou, plus brièvement, les concepts seraient classés en mémoire sémantique de façon hiérarchique : les catégories étant emboîtées dans des catégories plus générales sous la forme d’un arbre à l’envers. Dans une telle arborescence, chaque noeud représente le concept d’où partent des branches. L’analogie de l’arbre de la connaissance est très ancienne puisque, déjà explicitée à la Renaissance (Lieury, 1993), elle est présente dans les récits bibliques. Cette conception est maintenant usuelle en informatique, où l’on parle d’arborescence. »

Les applications proposant de créer des cartes mentales sont-elle un simple gadget de plus ?

Les applications qui proposent de créer des cartes mentales ont  l’avantage

– de jouer avec les codes de couleurs pour différencier les catégories

– de pouvoir inclure des photos : voici un autre extrait de l’ouvrage d’Alain Lieury

« […] les images (dessins, images mentales) sont plus efficaces en mémoire que les mots, comme l’ont montré Paivio, Fraisse et Denis. L’une de nos expériences a effectué cette comparaison sur près de deux cents lycéens de diverses terminales. […] Les images sont très efficaces en mémoire. Alors que le rappel moyen est d’environ 7 pour les mots, il est d’environ 9 pour les dessins. La reconnaissance est également remarquable avec en général 90% pour les dessins contre 70 % pour les mots. » Op. cit. p.37.

– de pouvoir interagir avec la classe en ajoutant des mots en direct à son projet.

Un outil possible est l’application « Simplemind », très facile à utiliser sur l’Ipad

Attention toutefois au moment d’exporter votre projet avec la version gratuite…

Publié le 30 mai 2014 par geraldinelarguier sur Français et numérique 

Il est aussi possible de transformer la carte mentale en capsule pour inverser la classe : les apprenants peuvent ainsi écouter la prononciation du lexique et remplir la carte mentale lacunaire chez eux, ce qui permet de passer au réİnvestissement en classe.

Voici un exemple à partir de la carte mentale sur le lexique de la langue :

Lexique de la langue from Geraldine L on Vimeo.

Les outils numériques : adjuvants pour favoriser acquisition et réinvestissement des notions ?

Les outils numériques favorisent-ils l’appropriation et le réinvestissement des points de langue ?

Voici une réponse à travers un cas concret, les pronoms démonstratifs (B1) dont la découverte est proposée de deux manières différentes :

– une approche traditionnelle s’appuyant sur une démarche déductive et privilégiant l’acquisition, souvent au détriment du réinvestissement, faute de temps.

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https://slate.adobe.com/a/7vmoJ

Présentation : approche traditionnelle des pronoms démonstratifs

– une approche s’appuyant sur des outils numériques, non pas parce que c’est « à la mode », mais parce qu’ils peuvent être des adjuvants favorisant l’acquisition et le transfert, grâce

– à la mobilisation de canaux sensoriels (visuels, auditifs) qui aident à la mémorisation

– aux principes constructivistes qui rendent plus actifs les élèves

– à un (petit) espace ouvert pour leur créativité et au plaisir de mettre un peu de soi : travailler avec les photos prises par les élèves et collées sur le mur collaboratif a été, par exemple, un moment de partage où l’attention était à son maximum car chaque photo était un peu le reflet de celui ou celle qui l’avait prise.

La présentation suivante s’appuie sur un exemple de classe inversée mobilisant des outils numériques tels qu’Explain Everything pour créer la capsule et Padlet, le mur collaboratif pour coller des photos.

Présentation avec classe inversée qui mobilise des outils numériques comme Padlet, Explain Everything

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https://slate.adobe.com/a/7jx5D

Publié le 20 avril 2015 par geraldinelarguier sur Français et numérique