Enseigner les réseaux lexicaux avec les cartes mentales (Simplemind par exemple)

Au moment où nous préparons des fiches « bilan » pour enseigner le lexique, voici quelques pistes intéressantes pour mieux organiser en sous-catégories la présentation du lexique :

Quel est l’intérêt des arborescences et autres cartes mentales ?

Je vous invite à écouter une émission (5 minutes) de France İnfo avec Alain Lieury sur la mémoire dans laquelle il rappelle l’importance de la mémoire sémantique qui organise les connaissances et a besoin de les hiérarchiser.

Voici, pour compléter, un extrait de Mémoire et réussite scolaire, Alain Lieury, Dunod, 1997, p.27 :

« Principe de hiérarchie catégorielle

Qu’est-ce donc que le sens, si ce n’est le mot ? En s’inspirant d’expériences antérieures qui montrent que la mémorisation est grandement facilitée par l’organisation en catégories naturelles (animaux, plantes, etc.), Collins et Quillian ont suggéré que comprendre, c’est d’abord catégoriser [C’est moi qui souligne]. Comprendre ce qu’est un « canari », pour prendre leur célèbre exemple, c’est savoir que c’est un oiseau. Mais comprendre ce qu’est un oiseau, c’est savoir que c’est un animal, de sorte que le sens des mots ou, plus brièvement, les concepts seraient classés en mémoire sémantique de façon hiérarchique : les catégories étant emboîtées dans des catégories plus générales sous la forme d’un arbre à l’envers. Dans une telle arborescence, chaque noeud représente le concept d’où partent des branches. L’analogie de l’arbre de la connaissance est très ancienne puisque, déjà explicitée à la Renaissance (Lieury, 1993), elle est présente dans les récits bibliques. Cette conception est maintenant usuelle en informatique, où l’on parle d’arborescence. »

Les applications proposant de créer des cartes mentales sont-elle un simple gadget de plus ?

Les applications qui proposent de créer des cartes mentales ont  l’avantage

– de jouer avec les codes de couleurs pour différencier les catégories

– de pouvoir inclure des photos : voici un autre extrait de l’ouvrage d’Alain Lieury

« […] les images (dessins, images mentales) sont plus efficaces en mémoire que les mots, comme l’ont montré Paivio, Fraisse et Denis. L’une de nos expériences a effectué cette comparaison sur près de deux cents lycéens de diverses terminales. […] Les images sont très efficaces en mémoire. Alors que le rappel moyen est d’environ 7 pour les mots, il est d’environ 9 pour les dessins. La reconnaissance est également remarquable avec en général 90% pour les dessins contre 70 % pour les mots. » Op. cit. p.37.

– de pouvoir interagir avec la classe en ajoutant des mots en direct à son projet.

Un outil possible est l’application « Simplemind », très facile à utiliser sur l’Ipad

Attention toutefois au moment d’exporter votre projet avec la version gratuite…

Publié le 30 mai 2014 par geraldinelarguier sur Français et numérique 

Il est aussi possible de transformer la carte mentale en capsule pour inverser la classe : les apprenants peuvent ainsi écouter la prononciation du lexique et remplir la carte mentale lacunaire chez eux, ce qui permet de passer au réİnvestissement en classe.

Voici un exemple à partir de la carte mentale sur le lexique de la langue :

Lexique de la langue from Geraldine L on Vimeo.

Argumenter pour un destinataire réel : les futurs professeurs de français

Pour compléter l’apprentissage de l’argumentation, j’ai proposé à ma classe de 9C (2eme année de français) une tâche complexe qui requiert une argumentation (avec arguments et exemples), un réinvestissement du lexique de la langue et une réflexion sur le thème de la langue. Cette tâche complexe se caractérise par :

– un destinataire réel, pour donner plus de sens à la production, qui du coup, devient moins scolaire car elle a une certaine « utilité » : elle s’adresse aux futures recrues françaises qui devraient arriver en septembre au lycée et qui n’ont aucune idée de l’accent des élèves, de la grammaire de la langue turque, etc.

– un support numérique : la vidéo, car elle permet de laisser libre cours à la créativité, elle oblige les élèves à s’exprimer à l’oral et elle peut être partagée facilement avec, entre autres, les futurs enseignants du lycée.

Voici quelques productions :

Problématique : Quelles sont les difficultés que rencontrent les turcophones en français ? par Aslıhan, Doğa, Ceyda, Görkem, Atahan et Ege G.

Les erreurs des turcophones en français 9C from Geraldine L on Vimeo.

– Problématique : Pourquoi faut-il absolument apprendre le turc quand on réside en Turquie ? par Alp, Aslı, Barış, Ege D., Eren et Katre.

9C Pourquoi apprendre le turc quand on vit en Turquie ? from Geraldine L on Vimeo.

– Problématique : Lorsqu’on apprend une langue, est-ce qu’on n’apprend qu’à parler ? par Zeynep, Alara, Serra, Deniz, Apler et Alperen.

New Project 1 from Zeynep Yilmaz on Vimeo.

Déroulement :

Nous avons pris seulement une période de cours pour définir le projet, mettre en place des groupes et répartir les rôles à l’intérieur des groupes. Sur le plan matériel, les élèves n’ont pas de tablette, mais ont utilisé leur propre matériel, chez eux.

Bilan :

Cette activité vient en complément de tout un travail fait sur l’argumentation (classe inversée) et sur le lexique de la langue. Ce qui en ressort est que, non seulement les élèves ont bien compris l’intérêt de l’argumentation et ont réfléchi aux problématiques proposées, mais ils ont surtout pu développer des compétences transversales comme interviewer quelqu’un (inconnu dans la rue, professeurs du lycée), faire de la traduction, travailler en collaboration. Le mot « plaisir » est revenu souvent…

En espérant que ces vidéos seront utiles pour préparer le terrain pour nos nouvelles recrues…

Publié le 20 mai 2015 par geraldinelarguier sur Français et numérique 

Classe inversée : « Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage » ou la retouche des capsules…

Desir

J’exagère un peu en parlant de remettre 100 fois l’ouvrage sur le métier mais de notre expérience de la classe inversée, il ressort que la fameuse capsule n’est pas une production figée, mais au contraire, destinée à évoluer, surtout lorsqu’on essaie de garder un peu de démarche inductive ou de pédagogie actionnelle… et que l’on travaille en équipe. Face à la pression du temps (3 ou 4 minutes dans l’idéal), il faut faire des choix et trouver un compromis entre le désir d’exhaustivité et la nécessaire simplification des notions présentées. D’où une conception possible de la capsule comme palimpseste moderne…

Illustration avec les différentes étapes d’une capsule conçue pour lancer le cours sur « Exprimer un souhait, un désir » » (petit niveau B1)

La première version témoignait d’un désir de tout donner d’un seul coup : elle était non seulement trop longue (7 minutes), mais fournissait des données beaucoup trop denses pour les apprenants. La voici pour les plus courageux…

Première version

D’où une première remarque d’une collègue-cobaye qui m’a, entre autres, suggéré de la couper en deux : première scission de la capsule-mère en deux capsules…

Deuxième version

Lors du retour en classe (mes élèves avaient vu la nouvelle capsule en amont, chez eux, tout en remplissant la feuille de route),  tous ont posé les mêmes questions sur un point précis, ce qui annonçait une lacune dans la capsule : j’ai donc ajouté au format initial (très facile avec Explain Everything) une vignette supplémentaire pour anticiper les questions dans les classes des collègues et pour l’année prochaine…

Troisième version

Mais il faut bien que les retouches s’arrêtent car un nouveau cours arrive et peut-être une nouvelle capsule…

Conclusion :

– il faut du temps pour faire et refaire les capsules

– le travail collaboratif, entre collègues et avec les élèves, est extrêmement stimulant : les barrières tombent, les portes s’ouvrent, on voit le cours de l’autre, on en discute, on le modifie, on n’est plus dans le statique, le définitif.

Comme l’écrit Bruno Olivier dans son ouvrage Internet, multimédia : ça change quoi dans la réalité ? « La machine à communiquer est autre chose qu’un accessoire supplémentaire dans la classe. Elle ne se contente pas d’améliorer (peut-être) l’efficacité : elle questionne les principes et les valeurs traditionnelles du secteur éducatif ».

Cet article a été publié simultanément sur Français et numérique.