Classe inversée : « Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage » ou la retouche des capsules…

Desir

J’exagère un peu en parlant de remettre 100 fois l’ouvrage sur le métier mais de notre expérience de la classe inversée, il ressort que la fameuse capsule n’est pas une production figée, mais au contraire, destinée à évoluer, surtout lorsqu’on essaie de garder un peu de démarche inductive ou de pédagogie actionnelle… et que l’on travaille en équipe. Face à la pression du temps (3 ou 4 minutes dans l’idéal), il faut faire des choix et trouver un compromis entre le désir d’exhaustivité et la nécessaire simplification des notions présentées. D’où une conception possible de la capsule comme palimpseste moderne…

Illustration avec les différentes étapes d’une capsule conçue pour lancer le cours sur « Exprimer un souhait, un désir » » (petit niveau B1)

La première version témoignait d’un désir de tout donner d’un seul coup : elle était non seulement trop longue (7 minutes), mais fournissait des données beaucoup trop denses pour les apprenants. La voici pour les plus courageux…

Première version

D’où une première remarque d’une collègue-cobaye qui m’a, entre autres, suggéré de la couper en deux : première scission de la capsule-mère en deux capsules…

Deuxième version

Lors du retour en classe (mes élèves avaient vu la nouvelle capsule en amont, chez eux, tout en remplissant la feuille de route),  tous ont posé les mêmes questions sur un point précis, ce qui annonçait une lacune dans la capsule : j’ai donc ajouté au format initial (très facile avec Explain Everything) une vignette supplémentaire pour anticiper les questions dans les classes des collègues et pour l’année prochaine…

Troisième version

Mais il faut bien que les retouches s’arrêtent car un nouveau cours arrive et peut-être une nouvelle capsule…

Conclusion :

– il faut du temps pour faire et refaire les capsules

– le travail collaboratif, entre collègues et avec les élèves, est extrêmement stimulant : les barrières tombent, les portes s’ouvrent, on voit le cours de l’autre, on en discute, on le modifie, on n’est plus dans le statique, le définitif.

Comme l’écrit Bruno Olivier dans son ouvrage Internet, multimédia : ça change quoi dans la réalité ? « La machine à communiquer est autre chose qu’un accessoire supplémentaire dans la classe. Elle ne se contente pas d’améliorer (peut-être) l’efficacité : elle questionne les principes et les valeurs traditionnelles du secteur éducatif ».

Cet article a été publié simultanément sur Français et numérique.

Classe inversée : Un questionnement pédagogique avant tout, selon Mary Beth Hertz

Voici un article écrit par Mary Beth Hertz dans lequel elle liste arguments pour et contre la classe inversée. Une belle conclusion qui réconcilie tout le monde : « The primary reason is because it is forcing teachers to reflect on their practice and rethink how they reach their kids. It is inspiring teachers to change the way they’ve always done things, and it is motivating them to bring technology into their classrooms through the use of video and virtual classrooms ».

A lire !

Vers la classe inversée : importance de la feuille de route

Voici un article que j’ai publié dans Français et Numérique et qui souligne le rôle de la feuille de route qui doit accompagner le visionnage de la capsule en autonomie.

« Le Royaume » d’E. Carrère : impact du numérique sur la création littéraire et … les études littéraires

Dans Le Royaume, Emmanuel Carrère évoque l’effet de l’écriture d’une oeuvre littéraire sur un support numérique et lève le voile sur les difficultés de la recherche à venir en matière de brouillons d’écrivains, ratures et autres invisibles ajouts, pourtant si précieux pour tous les travaux de recherche et pour les lecteurs curieux :
« […] Aujourd’hui que nous écrivons et même lisons de plus en plus sur un écran, de moins en moins sur du papier, j’ai un argument de poids en faveur du second de ces supports : depuis plus de vingt ans que j’utilise des ordinateurs, tout ce que j’ai écrit à la main est encore en ma possession, par exemple les cahiers dont je tire la matière de ce mémoire, alors que tout ce que j’ai écrit directement sur l’écran a disparu, sans exception. J’ai fait, comme on m’en conjurait, toutes sortes de sauvegardes, et de sauvegardes de sauvegardes, mais seules celles qui étaient imprimées sur papier ont surnagé. Les autres étaient sur des disquettes, des clés, des disques externes, réputés beaucoup plus sûrs mais en réalité devenus obsolètes les uns après les autres, et désormais aussi illisibles que les cassettes audio de notre jeunesse. Bref. Il a existé, dans les entrailles d’un ordinateur depuis longtemps défunt, un premier jet de roman qui, si je le retrouvais, compléterait utilement mes cahiers. J’avais emprunté le titre au cinéaste Billy Wilder, pourvoyeur de bons mots aussi prolifique aux États-Unis que Sacha Guitry en France. À la sortie du film tiré du Journal d’Anne Frank, on demande à Wilder ce qu’il en a pensé. « Très beau, dit-il, la mine grave. Vraiment très beau… Très émouvant. (Un temps.) Mais tout de même, on aimerait connaître le point de vue de l’adversaire. »
Extrait de: Carrère, Emmanuel, Le Royaume, POL Editeur

Capsule pour aider les apprenants à travailler le lexique en autonomie

Voici une capsule qui a comme objectif de proposer quelques stratégies aux apprenants (FLE) pour apprendre en autonomie le lexique : des gestes simples comme

choisir une couleur réservée au lexique pour distinguer le lexique déjà connu des nouveaux mots,

surligner le nouveau lexique sur tous les supports d’apprentissage (compréhensions orales, écrites, documents déclencheurs, etc.)

classer et faire des sous-catégories en rassemblant les mots ayant des points communs

apprendre toutes les composantes du mot : son orthographe, sa prononciation, son genre, sa structure, ses différents sens, son étymologie, sa composition, etc.

– faire les exercices et surtout s’efforcer de réinvestir ce lexique dans les productions écrites ou orales, quitte à garder sous les yeux une feuille rassemblant ce lexique.

GL