La capsule : un outil pertinent pour la progression spiralaire de la grammaire

Dans le cadre de la classe inversée, la capsule peut être un outil très utile pour revoir des notions de grammaire supposées acquises et à partir desquelles le nouveau cours devrait commencer, selon la progression spiralaire qui régit souvent les choix des points de langue : on aborde plusieurs points identiques au niveau A1, puis A2, puis B1 etc., en approfondissant chaque fois le point étudié, en s’acheminant vers plus de complexité. Or, souvent, ces prérequis ne sont pas acquis. Parfois les apprenants ne maîtrisent pas le même vocabulaire technique ou l’ont oublié, ce qui creusera l’écart entre ceux qui ont les pré-requis et les autres. Je me suis donc posé la question : une capsule peut-elle aider à estomper ces différences d’acquisition ?

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J’ai testé cette semaine avec mon groupe la capsule pour tenter d’harmoniser le niveau de départ et pour partir sur des bases « relativement » égales face à l’approfondissement d’un point traité à plusieurs reprises par leurs professeurs précédents : la proposition relative. Pour cela, mes apprenants (B1 acquis) ont regardé en amont du cours une première capsule sur la proposition relative (à quoi sert-elle ? Comment choisir le pronom relatif (simple) ?), sans feuille de route : chacun a pris les notes en fonction de ses besoins puis a fait des exercices sur feuille et un quiz en ligne. L’objectif était de proposer une mise à niveau basée sur le volontariat, un rafraichissement de mémoire pour préparer le terrain des relatifs composés.

En cours, à partir d’une phrase, une étudiante a reconstitué le cours, a ajouté des exemples. Nous avons corrigé quelques exercices rapidement puis j’ai annoncé la seconde capsule qui introduit les pronoms relatifs composés, avec cette fois-ci, une feuille de route qui présélectionne les informations importantes de la vidéo et fait gagner du temps dans la prise de notes.

Un tel découpage de l’apprentissage en deux temps est un des « guidages » qu’évoque André Tricot dans Apprendre avec le numérique, Mythes et réalités (Retz, 2014) : « Un autre guidage intéressant est la segmentation des animations en parties interprétables qui structurent le processus étudié. (…) » Non seulement cette segmentation a réellement aidé les moins avancés, mais  j’ai pu surtout constaté, en tant qu’enseignante, que j’ai pu proposé un outil bien plus utile face aux problèmes de la disparité des apprenants dans un groupe que si j’avais juste proposé des photocopies d’exercices de révision. Bien sûr, se contenter d’envoyer un lien ne suffit pas : il faut un retour en classe, quelques exercices de systématisation, mais c’est un apport non négligeable des outils numériques pour pallier les différences entre les apprenants.

Enseigner la grammaire avec la classe inversée en FLE : retour d’expérience (varier les expressions du but)

Voici un retour d’expérience d’un cours de grammaire fait en classe inversée, spécialement dédié à ma nouvelle équipe qui commence à s’immiscer dans les joyeux mystères de la classe inversée, notamment en participant aux enregistrements des dialogues !

Mon objectif était de faire prendre conscience à mes étudiants qu’il existe d’autres moyens pour exprimer le but que « pour » et « pour que ». J’ai donc choisi de faire une capsule à partir d’un dialogue qui, loin d’être authentique, concentrait (presque) toutes les possibilités pour exprimer le but et qui sert de document déclencheur à la capsule. J’ai choisi de ne pas donner la transcription du dialogue sur la feuille de route de manière à obliger les étudiants à être attentifs au dialogue enregistré.

Voici la capsule envoyée aux étudiants et la feuille de route sur Exprimer le but FDR qu’ils ont remplie chez eux. La capsule a été vue au moins 2 fois par chacun de mes 16 étudiants. Et certains l’ont regardée à nouveau après le cours en présentiel.

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En cours,

  • nous avons commencé par les impressions et les questions : un étudiant m’a fait remarqué que j’avais utilisé un lexique trop technique (« subordonnée », « conjonction de subordination », « préposition »). Nous avons dû revenir sur ces termes et les expliquer.
  • Puis nous avons inversé la classe : j’ai cédé ma place à une étudiante qui a expliqué aux autres et à celui qui n’avait pas vu la capsule ce qu’elle avait retenu d’important. Le fait que le cours soit reformulé par un apprenant, avec ses propres mots et ses propres exemples a augmenté le niveau d’attention du groupe, car, dès que l’étudiante qui expliquait a eu un problème, un autre étudiant a pris le relai et s’est déplacé au tableau pour aller écrire son propre exemple. Ces déplacements spatiaux participent au dynamisme du cours et ont d’après moi une importance fondamentale car, à tout moment, chacun peut intervenir spontanément ou sur demande, pour contribuer à la bonne compréhension de la notion, il doit être susceptible de répondre, de corriger, d’aider. La pédagogie active passe donc par la co-reconstruction du savoir mais aussi par le déplacement physique…
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    Reconstitution du cours et proposition d’exemples faits de manière collaborative : R. corrige l’exemple de M.

    Inutile de parler du réinvestissement oral, au moins aussi important que le réinvestissement écrit.

  • Bien sûr, tout ce cours est en grande partie basé sur l’improvisation à partir du canevas de la capsule. J’ai pu découvrir en direct les faiblesses de ma capsule à leurs difficultés : j’aurais dû commencer par un exemple avec « pour » et « pour que », séparer l’expression du but de celle de la crainte. Mais j’ai aussi eu de bonnes surprises, notamment leur engouement pour l’outil le plus difficile (la relative au subjonctif après l’expression du souhait) et pour trouver des exemples d’utilisation dans la vie quotidienne.

    La phrase qui nous a fait le plus rire :
    La phrase qui nous a fait le plus rire : « Je fait des ménages de façon à ce que ma femme soit contente. »
  • Cette séance sera suivie par des exercices structuraux à faire à la maison et par un quiz en ligne de 10 items de plus en plus difficiles. La (petite) tâche complexe qui donne du sens à l’apprentissage de cette notion : un exercice de réécriture individuelle d’un court texte expliquant pour quoi ils apprennent le français et dans lequel ils devront varier l’expression du but. J’avais déjà demandé cet exercice en début d’année et je mettrai en parallèle pour chaque étudiant la production du début d’année et celle du week-end pour mesurer l’enrichissement des phrases et leur degré de complexité.
  • En conclusion, si je compare ce cours avec le cours que j’aurais pu faire sans inverser la classe, je pense que sur le plan des résultats, il y a peu de différences. Toutefois, nous avons eu tous beaucoup de plaisir à vivre ce cours car il se transforme en grand jeu de rôles où les rôles sont inversés et redistribués : l’enseignant est là, toujours chef d’orchestre, mais discret. On peut compter sur lui en cas de panne, d’impasse, mais les apprenants prennent en main la notion pour se l’approprier. Et sur le long terme, cette prise en main devrait se faire sentir et devenir plus spontanée car elle a tout de suite été placée sous le signe de l’autonomie.

Donner des sujets de productions écrites en passant par l’audio avec Tellagami

Plusieurs articles fort intéressants ont déjà présenté l’application Tellagami, comme celui de François Jourde ou celui publié sur le site d’Edulogia. Je me permets d’ajouter mon grain de sel pour le FLE car cette application me paraît intéressante pour développer sporadiquement et différemment la compréhension orale en dehors du temps de cours : je l’ai ainsi utilisée pour donner à plusieurs reprises des consignes de productions écrites à mes étudiants (travail maison), sans la moindre trace écrite : mes apprenants ont ainsi dû écouter à plusieurs reprises l’audio pour prendre des notes de ce qu’il fallait faire (d’autant plus que j’ai demandé par erreur dans le gami une production écrite de 300 lignes au lieu de 300 mots…D’où de nombreuses réécoutes pour savoir si j’étais sérieuse…).

D’autre part, le fait que la version gratuite ne propose un enregistrement que de 30 secondes oblige à être concis mais aussi à parler normalement, sans articuler ni ralentir le rythme du débit pour s’adapter à celui des apprenants. C’est donc une contrainte stimulante.

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Exemple de sujet de production écrite
Suite du sujet d'expression écrite
Suite du sujet de production écrite

Le « gami », c’est-à-dire, la très courte vidéo de 30 secondes, offre la possibilité de se créer un avatar et de choisir le fond d’écran : on peut ainsi reprendre une image utilisée dans une capsule ou sur un document en lien avec le thème étudié et personnaliser chaque vidéo. Et ce, de manière très facile.

Enfin, le fait de reprendre le même avatar donne une continuité et crée une espèce d’habitude, voire d’attente : chaque week-end, mes étudiants attendent consignes ou autres annonces via ces petites vidéos.

Quant à la dimension un peu enfantine qu’aurait pu avoir ce style de présentation, après sondage, elle ne semble pas du tout gêner la communication, au contraire.

Autre exemple de sujet de production écrite à partir d'un texte sur l'immigration
Autre exemple de sujet de production écrite à partir d’un texte sur l’immigration

Bref, une application qui, malgré une première approche un peu « gadget », se révèle fort utile pour donner une couleur différente à la communication hors cours et qui permet de travailler la compréhension orale des apprenants différemment, en complément des compréhensions orales traditionnelles.

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Exemple de récapitulatif de travail maison
Exemple d'annonce de programme de la semaine
Exemple d’annonce de programme de la semaine

İnverser la classe dès le premier soir : retour d’expérience

Partant du postulat que l’enseignant de FLE doit tenter de limiter son temps de parole pour favoriser la production orale des étudiants, j’ai tenté cette année d’inverser la classe le plus rapidement possible, dès le deuxième jour, et surtout, après avoir récupéré les adresses de messagerie de mes étudiants pour leur envoyer une capsule.

Après les présentations de chaque étudiant lors du traditionnel tour de table, le premier cours adopte souvent un format magistral car il faut parler des objectifs, du programme, des règles de fonctionnement, etc. Aussi ai-je tenté de briser ce monopole de la parole enseignante en inversant la classe le plus vite possible : mes étudiants (niveau B1) ont regardé le soir, chez eux, à leur rythme une capsule qui leur indiquait les règles à respecter pour favoriser le bon fonctionnement du cours et leur intégration en France tout en remplissant une feuille de route visant à faciliter la prise de notes et la mémorisation.

Le bilan est très positif : le lendemain, assise parmi eux, j’ai écouté leur retour, leur reconstitution de ces règles, en n’intervenant que très ponctuellement. Ils étaient actifs et attentifs, se posaient des questions et y répondaient (par exemple, Peut-on boire de l’eau en cours ?), alors qu’un cours traditionnel les aurait rendus passifs. D’autre part, le fait d’avoir écouté un modèle la veille leur a fourni un « canevas » pour s’exprimer de sorte que les plus timides, les plus faibles à l’oral ont osé prendre la parole car ils n’avaient pas à trop s’exposer, leur prise de risque était limitée. Enfin, un autre avantage de cette inversion rapide repose sur le dynamisme initié dès le début de l’année : les autres capsules sont arrivées « naturellement » dans les pratiques de classe.

Tutoriel (en français) pour Moovly par Peggy Morel

Moovly est un logiciel en ligne qui permet de créer ses vidéos, ses capsules. Il est à ranger avec d’autres outils assez complexes, comme Pow Toon, qui proposent des animations très variées et rendent les vidéos dynamiques et ludiques, mais qui demandent un investissement non négligeable en termes de minutes, voire d’heures de création, contrairement à d’autres applications comme Explain Everything ou Adobe Voice.

Je me permets de partager les tutoriels faits par Peggy Morel du lycée bilingue Saint-Joseph d’Istanbul (avec son autorisation), très complets et détaillés.

Padlet, le mur collaboratif, existe en application sur App Store

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Depuis quelques semaines, il est possible d’avoir accès à Padlet sur son Ipad directement en téléchargeant l’application Padlet. Rien de révolutionnaire mais une présentation plus efficace et une accessibilité bien plus facile. Par contre il n’est plus possible de choisir sa langue, me semble-t-il…

Padlet version application
Padlet version application
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Padlet via le site

Capsules : définir son objectif avant de créer une capsule en cours de FLE

Il arrive parfois que l’on crée une capsule pour créer une capsule, en se disant que l’on verra après comment on l’exploitera. Voici une carte mentale qui propose des pistes pour définir en amont son ou ses objectifs et qui rappelle que les capsules ne sont pas qu’au service de la grammaire…

Définir son objectif avant de créer une capsule
Carte mentale pour définir son objectif avant de créer une capsule pour un cours de FLE (non exhaustive…)

Un exemple de capsule pour lancer une tâche :

Projet de la classe de 9C pour travailler l’argumentation : capsule pour lancer la tâche