Argumenter pour un destinataire réel : les futurs professeurs de français

Pour compléter l’apprentissage de l’argumentation, j’ai proposé à ma classe de 9C (2eme année de français) une tâche complexe qui requiert une argumentation (avec arguments et exemples), un réinvestissement du lexique de la langue et une réflexion sur le thème de la langue. Cette tâche complexe se caractérise par :

– un destinataire réel, pour donner plus de sens à la production, qui du coup, devient moins scolaire car elle a une certaine « utilité » : elle s’adresse aux futures recrues françaises qui devraient arriver en septembre au lycée et qui n’ont aucune idée de l’accent des élèves, de la grammaire de la langue turque, etc.

– un support numérique : la vidéo, car elle permet de laisser libre cours à la créativité, elle oblige les élèves à s’exprimer à l’oral et elle peut être partagée facilement avec, entre autres, les futurs enseignants du lycée.

Voici quelques productions :

Problématique : Quelles sont les difficultés que rencontrent les turcophones en français ? par Aslıhan, Doğa, Ceyda, Görkem, Atahan et Ege G.

Les erreurs des turcophones en français 9C from Geraldine L on Vimeo.

– Problématique : Pourquoi faut-il absolument apprendre le turc quand on réside en Turquie ? par Alp, Aslı, Barış, Ege D., Eren et Katre.

9C Pourquoi apprendre le turc quand on vit en Turquie ? from Geraldine L on Vimeo.

– Problématique : Lorsqu’on apprend une langue, est-ce qu’on n’apprend qu’à parler ? par Zeynep, Alara, Serra, Deniz, Apler et Alperen.

New Project 1 from Zeynep Yilmaz on Vimeo.

Déroulement :

Nous avons pris seulement une période de cours pour définir le projet, mettre en place des groupes et répartir les rôles à l’intérieur des groupes. Sur le plan matériel, les élèves n’ont pas de tablette, mais ont utilisé leur propre matériel, chez eux.

Bilan :

Cette activité vient en complément de tout un travail fait sur l’argumentation (classe inversée) et sur le lexique de la langue. Ce qui en ressort est que, non seulement les élèves ont bien compris l’intérêt de l’argumentation et ont réfléchi aux problématiques proposées, mais ils ont surtout pu développer des compétences transversales comme interviewer quelqu’un (inconnu dans la rue, professeurs du lycée), faire de la traduction, travailler en collaboration. Le mot « plaisir » est revenu souvent…

En espérant que ces vidéos seront utiles pour préparer le terrain pour nos nouvelles recrues…

Publié le 20 mai 2015 par geraldinelarguier sur Français et numérique 

Capsule collective : s’auto-évaluer collectivement avec Explain Everything

Les élèves de 9eme commencent à s’imprégner de la méthodologie de l’argumentation. Au lieu d’évaluer leur première production écrite avec mon stylo rouge, j’ai choisi l’évaluation orale et collective.

Déroulement :

– J’ai sélectionné quelques productions écrites contenant les erreurs fréquentes et les ai prises en photo via l’application Explain Everything.

– En classe (demi-groupe), après avoir défini 4 critères d’évaluation, j’ai projeté la première production au tableau. En partant de chaque critère, les élèves devaient répondre collectivement à la question : l’élève a-t-il respecté ce critère ?

– J’ai fait circuler ma tablette en demandant à tour de rôle aux élèves d’enregistrer le commentaire du groupe et d’utiliser les outils de l’application (stylo, laser…).

– J’ai ajouté ensuite une introduction et ai publié la capsule collective sur Vimeo.

Les avantages par rapport à une évaluation écrite traditionnelle :

– chaque élève peut avoir accès aux productions d’autres élèves : il voit concrètement ce qu’il ne faut pas faire mais a aussi un modèle  qui l’aidera à améliorer ses futures productions

– reformuler oralement les commentaires aide à assimiler la méthode à suivre, à exercer son esprit critique

– la capsule est un outil d’auto-formation : les élèves du groupe 1 découvrent les commentaires de productions faits par le groupe 2. Cette capsule peut être utilisée par les autres classes du niveau pour traiter un nouveau sujet et pour éviter les erreurs récurrentes dans les productions.

– pendant le cours, les élèves étaient actifs et plutôt à l’écoute car chacun pouvait être choisi pour enregistrer le commentaire, ainsi l’attention était soutenue.

Ce type d’évaluation formative est une étape et a été suivi à l’heure d’après par une évaluation écrite en temps limité.

Publié le 27 avril 2015 par geraldinelarguier dans Français et numérique 

Les outils numériques : adjuvants pour favoriser acquisition et réinvestissement des notions ?

Les outils numériques favorisent-ils l’appropriation et le réinvestissement des points de langue ?

Voici une réponse à travers un cas concret, les pronoms démonstratifs (B1) dont la découverte est proposée de deux manières différentes :

– une approche traditionnelle s’appuyant sur une démarche déductive et privilégiant l’acquisition, souvent au détriment du réinvestissement, faute de temps.

Capture d’écran 2015-04-20 à 09.27.16

https://slate.adobe.com/a/7vmoJ

Présentation : approche traditionnelle des pronoms démonstratifs

– une approche s’appuyant sur des outils numériques, non pas parce que c’est « à la mode », mais parce qu’ils peuvent être des adjuvants favorisant l’acquisition et le transfert, grâce

– à la mobilisation de canaux sensoriels (visuels, auditifs) qui aident à la mémorisation

– aux principes constructivistes qui rendent plus actifs les élèves

– à un (petit) espace ouvert pour leur créativité et au plaisir de mettre un peu de soi : travailler avec les photos prises par les élèves et collées sur le mur collaboratif a été, par exemple, un moment de partage où l’attention était à son maximum car chaque photo était un peu le reflet de celui ou celle qui l’avait prise.

La présentation suivante s’appuie sur un exemple de classe inversée mobilisant des outils numériques tels qu’Explain Everything pour créer la capsule et Padlet, le mur collaboratif pour coller des photos.

Présentation avec classe inversée qui mobilise des outils numériques comme Padlet, Explain Everything

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https://slate.adobe.com/a/7jx5D

Publié le 20 avril 2015 par geraldinelarguier sur Français et numérique 

Se connaître avant de se lancer dans la conception de capsule : les 2 grands styles rédactionnels

« Les découvreurs s’engagent d’emblée dans l’écriture, jettent les idées sur le papier, les reprennent, ajustent, affinent et organisent au fur et à mesure. Les exécuteurs mettent au point des plans minutieux (mentaux ou sur le papier) avant de passer à la mise en texte. »

D. Legros Psychologie des apprentissages et multimédia 

Et vous êtes-vous plutôt découvreur ou exécuteur ? Bon à savoir avant de se lancer dans la création de capsules…

Classe inversée : « Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage » ou la retouche des capsules…

Desir

J’exagère un peu en parlant de remettre 100 fois l’ouvrage sur le métier mais de notre expérience de la classe inversée, il ressort que la fameuse capsule n’est pas une production figée, mais au contraire, destinée à évoluer, surtout lorsqu’on essaie de garder un peu de démarche inductive ou de pédagogie actionnelle… et que l’on travaille en équipe. Face à la pression du temps (3 ou 4 minutes dans l’idéal), il faut faire des choix et trouver un compromis entre le désir d’exhaustivité et la nécessaire simplification des notions présentées. D’où une conception possible de la capsule comme palimpseste moderne…

Illustration avec les différentes étapes d’une capsule conçue pour lancer le cours sur « Exprimer un souhait, un désir » » (petit niveau B1)

La première version témoignait d’un désir de tout donner d’un seul coup : elle était non seulement trop longue (7 minutes), mais fournissait des données beaucoup trop denses pour les apprenants. La voici pour les plus courageux…

Première version

D’où une première remarque d’une collègue-cobaye qui m’a, entre autres, suggéré de la couper en deux : première scission de la capsule-mère en deux capsules…

Deuxième version

Lors du retour en classe (mes élèves avaient vu la nouvelle capsule en amont, chez eux, tout en remplissant la feuille de route),  tous ont posé les mêmes questions sur un point précis, ce qui annonçait une lacune dans la capsule : j’ai donc ajouté au format initial (très facile avec Explain Everything) une vignette supplémentaire pour anticiper les questions dans les classes des collègues et pour l’année prochaine…

Troisième version

Mais il faut bien que les retouches s’arrêtent car un nouveau cours arrive et peut-être une nouvelle capsule…

Conclusion :

– il faut du temps pour faire et refaire les capsules

– le travail collaboratif, entre collègues et avec les élèves, est extrêmement stimulant : les barrières tombent, les portes s’ouvrent, on voit le cours de l’autre, on en discute, on le modifie, on n’est plus dans le statique, le définitif.

Comme l’écrit Bruno Olivier dans son ouvrage Internet, multimédia : ça change quoi dans la réalité ? « La machine à communiquer est autre chose qu’un accessoire supplémentaire dans la classe. Elle ne se contente pas d’améliorer (peut-être) l’efficacité : elle questionne les principes et les valeurs traditionnelles du secteur éducatif ».

Cet article a été publié simultanément sur Français et numérique.

Capsule pour aider les apprenants à travailler le lexique en autonomie

Voici une capsule qui a comme objectif de proposer quelques stratégies aux apprenants (FLE) pour apprendre en autonomie le lexique : des gestes simples comme

choisir une couleur réservée au lexique pour distinguer le lexique déjà connu des nouveaux mots,

surligner le nouveau lexique sur tous les supports d’apprentissage (compréhensions orales, écrites, documents déclencheurs, etc.)

classer et faire des sous-catégories en rassemblant les mots ayant des points communs

apprendre toutes les composantes du mot : son orthographe, sa prononciation, son genre, sa structure, ses différents sens, son étymologie, sa composition, etc.

– faire les exercices et surtout s’efforcer de réinvestir ce lexique dans les productions écrites ou orales, quitte à garder sous les yeux une feuille rassemblant ce lexique.

GL

Créer des capsules « bonus culturels »

Grâce à des applications comme Explain Everything, il est assez facile de créer des vidéos présentant un cours. Tout un éventail de possibilités s’offre à nous, cours en amont avec la classe inversée, cours en aval pour réviser. Une autre piste est de proposer des capsules très courtes offrant aux élèves une possibilité d’approfondir un point qui les intéresse et que l’on n’a pas le temps de traiter en cours. Beaucoup cliqueront sur la vidéo par curiosité et quelques-uns pourront s’enrichir, notamment si l’on met une « accroche » personnalisée au début s’adressant directement à eux.

Cela soulève le problème des capsules que l’on trouve sur internet à foison et qui sont un cours magistral aussi neutre qu’universel. Cette dimension anonyme correspond sans doute aux besoins des étudiants mais pour des élèves plus jeunes, on peut se demander si le fait de personnaliser les vidéos en utilisant le « vous », en faisant référence au pays dans lequel nos apprenants vivent ou en glissant d’autres signes de connivence, comme des allusions à ce qui est déjà connu ou a été étudié précédemment, ne serait pas un moyen de donner plus de chair à nos vidéos…

Voici un exemple avec une capsule proposée en cours de FLE sur le thème de l’immigration : « Droit du sol ou droit du sang ? »

 

Pour un cours de littérature, on peut imaginer d’autres capsules sur des points assez précis comme des détails biographiques d’auteurs, la présentation de la genèse d’une oeuvre, l’adaptation d’une oeuvre au cinéma, etc.

Bref, ces bonus culturels sont un moyen de gagner du temps et de proposer des portes faciles à ouvrir. L’idéal est de les publier sur un Ibook pour les intégrer parfaitement à la progression. Sinon il faut les publier sur Moodle ou les partager directement avec les élèves. Quant à la question de l’aprés-capsule, on peut garder la logique du bonus et de la gratuité jusqu’au bout et ne rien faire…