Capsule pour entrer en lecture : accompagner la lecture d’une nouvelle « Cet homme et cette femme » d’A. Gavalda

La longueur d’un texte littéraire donné à lire en autonomie à la maison est souvent proportionnelle à la baisse de motivation pour poursuivre la lecture jusqu’au bout. Le texte a beau être captivant, plus il est long, plus nombreux sont les apprenants de L2 qui renoncent rapidement.

Dans quelle mesure les outils numériques peuvent-ils offrir une aide pour lutter contre ce stress de devoir comprendre le sens général d’un texte tout en buttant sur la compréhension du lexique ou d’une structure grammaticale ?

Je suis partie de l’hypothèse que donner un enregistrement audio ou une vidéo peut aider à consolider les stratégies d’apprentissage [Cyr, Les stratégies d’apprentissage, 1998, Clé International], et plus particulièrement les stratégies socio-affectives des apprenants, à encourager la motivation et à réduire l’anxiété face à un texte long et littéraire a fortiori. Aussi ai-je proposé à mes apprenants étrangers de littérature française des fichiers audios et des capsules dont l’objectif était d’accompagner l’entrée en lecture lorsqu’ils travaillent seuls, en dehors de l’espace de cours.

J’ai d’abord testé le simple enregistrement audio de ma lecture à voix haute pour accompagner la lecture d’une nouvelle : le retour a été positif car non seulement la voix enregistrée offre une interprétation qui les aide pour une compréhension globale du texte, mais il est aussi possible d’utiliser le fichier audio comme outil pour améliorer la prononciation en écoutant par morceaux et en répétant chaque phrase.

J’ai ensuite testé la capsule pour ajouter une dimension visuelle. Voici un exemple avec la nouvelle « Cet homme et cette femme » d’Anna Gavalda (Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part). Les apprenants avaient le texte au format papier et devaient regarder en même temps une courte vidéo dans laquelle sont proposées successivement

  • une lecture de la nouvelle avec une image fixe pour permettre aux apprenants de suivre le texte papier sans distracteur
  • et les premières consignes, à savoir le relevé de certains champs lexicaux (l’argent, le luxe et le mépris) afin d’orienter l’interprétation des apprenants vers une caractérisation des personnages.

Le retour que j’ai eu de mes apprenants a été positif : tous avaient lu la nouvelle et avaient suivi les consignes. Ils ont préféré unanimement être accompagnés par une capsule plutôt que par un simple fichier audio car la capsule présente l’avantage de montrer l’écriture et l’orthographe des mots prononcés et ils ont eu le sentiment que c’était plus facile d’aller jusqu’au bout car quelqu’un lisait avec eux.

Côté enseignant, l’expérience m’a aussi semblé enrichissante dans le sens où nous avons pu commencer le cours en entrant rapidement dans le portrait des deux protagonistes. Les impressions ont tout de suite fusé « je ne voudrais pas un mari comme ça » « Mais ils ne s’aiment pas » « C’est un couple superficiel », etc. İl aurait fallu faire l’expérience avec une autre classe sans donner la capsule pour être sûr que celle-ci a un peu aidé les apprenants. Comment savoir si ce n’est pas le seul effet de la nouvelle, petit bijou pour les apprenants de FLE car elle est écrite sans passé simple ? Je m’appuie sur les dires de ces apprenants-là, qui corroborent des impressions tout aussi positives dans d’autres cours de littérature où des capsules ont été utilisées pour exploiter au mieux le dispositif hybride de la classe inversée, un peu détournée, puisqu’il ne s’agit pas de transmettre du « savoir » à la maison, mais d’offrir une aide, un petit coup de pouce pour entrer en lecture.

 

Travailler en autonomie la production orale en langues étrangères avec Babelium

Qu’est-ce que Babelium ?

Babelium est un beau projet européen pour travailler la production orale des langues étrangères en autonomie, projet qui incarne, à son échelle, l’idéal du Conseil de l’Europe, de promouvoir l’apprentissage des langues pour stimuler la mobilité des citoyens et l’ouverture à l’autre. Né à l’université du Pays Basque, il propose aux apprenants de s’entraîner dans la langue de leur choix (français, anglais, allemand, espagnol, basque) à partir de courts-métrages. J’utilise cette plateforme depuis septembre 2015 et regrette qu’elle ne soit pas davantage utilisée par les professeurs de langues étrangères mais aussi par les professeurs de français au collège par exemple ou par les enseignants du primaire avec des élèves natifs. L’inscription sur la plateforme est gratuite et il faut être équipé d’ordinateurs, de casques et de micros. Vous trouverez toutes les informations sur le site http://www.babelium-project.eu/fr/. Pour accéder aux activités, il faut aller sur http://babeliumproject.com

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Comment se présentent les activités ?

Après inscription, on choisit la langue et le niveau de difficulté (de A1 à C1). Apparaît alors la série d’activités correspondant aux critères. Il faut ensuite écouter et regarder une première fois la vidéo puis suivre la consigne.

  • Soit est proposé un doublage d’un des personnages : l’apprenant lit les sous-titres et les prononce au moment du signal.

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  • Soit on demande aux apprenants d’inventer une réplique : un signal leur indique à quel moment il faut parler. Par exemple : le verbe apparaît à l’infinitif et il faut le conjuguer au passé composé et en faire une phrase

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  • Soit on double intégralement la vidéo en lisant tout le sous-titrage : la contrainte du rythme est alors très formatrice pour les apprenants. Voici un exemple avec une lecture du Horla.

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Les apprenants peuvent choisir d’enregistrer seulement leur voix ou bien de se filmer en train de parler. Ils peuvent recommencer autant de fois qu’ils le souhaitent, écouter leur enregistrement et éventuellement l' »envoyer » pour que l’enregistrement soit corrigé (sans certitude…)

Les avantages de Babelium

  • le plaisir du format : la dimension ludique ne laisse pas les apprenants indifférents car ils parlent dans un contexte donné très précis et souvent plein d’humour (celui d’un court-métrage ou d’une petite vidéo). Avec leur casque, ils sont un peu coupés du monde et osent parler dans le brouhaha général
  • travailler la prononciation, le rythme de la diction, l’intonation et écouter sa production en langue étrangère : chacun est confronté à son accent, son intonation, sa capacité à jouer le jeu et peut mesurer l’écart entre ce qu’il pense faire et ce qu’il fait
  • réinvestir les points de langue en contexte (par exemple trouver d’autres verbes que « dire », conjuguer les verbes au passé composé…)
  • être libre de son apprentissage tout en étant guidé par des consignes précises, des signaux, etc.

Les limites de Babelium ?

  • la durée de vie de ce projet est limitée : les créateurs n’ont pas encore décidé ce que deviendra ce projet dans un an et demi. Mais en attendant, pourquoi ne pas en profiter ?
  • le système d’évaluation : la coloration humaniste de ce projet ressort dans le système d’évaluation proposé… Lorsqu’un apprenant « envoie » sa production orale, elle est susceptible d’être corrigée par un enseignant volontaire et bénévole. C’est un peu là le hic. Toutefois, deux solutions peuvent contrer cette limite :
  1. Il est possible de créer un groupe privé en envoyant une demande aux gestionnaires de manière à ce que les productions orales des apprenants soient regroupées et accessibles seulement à l’enseignant du groupe. La plateforme propose alors des outils d’évaluation en ligne très performants et convaincants.
  2. Il est aussi tout à fait possible de ne pas évaluer les productions orales. C’est ce que j’ai fini par choisir pour mes différents groupes car les apprenants ont tellement de plaisir à faire ces activités qu’ils les font très sérieusement, pour eux-mêmes. Quelques remarques orales suffisent de la part de l’enseignant qui circule entre les apprenants et peut les reprendre, leur donner des conseils, etc.
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Un de mes groupes en train de travailler sur Babelium

Bref, je vous conseille vivement d’utiliser cette plateforme dans vos cours. Bien évidemment, il est préférable d’en faire un usage régulier pour familiariser les apprenants avec le site et stimuler leur autonomie.

Enseigner les réseaux lexicaux avec les cartes mentales (Simplemind par exemple)

Au moment où nous préparons des fiches « bilan » pour enseigner le lexique, voici quelques pistes intéressantes pour mieux organiser en sous-catégories la présentation du lexique :

Quel est l’intérêt des arborescences et autres cartes mentales ?

Je vous invite à écouter une émission (5 minutes) de France İnfo avec Alain Lieury sur la mémoire dans laquelle il rappelle l’importance de la mémoire sémantique qui organise les connaissances et a besoin de les hiérarchiser.

Voici, pour compléter, un extrait de Mémoire et réussite scolaire, Alain Lieury, Dunod, 1997, p.27 :

« Principe de hiérarchie catégorielle

Qu’est-ce donc que le sens, si ce n’est le mot ? En s’inspirant d’expériences antérieures qui montrent que la mémorisation est grandement facilitée par l’organisation en catégories naturelles (animaux, plantes, etc.), Collins et Quillian ont suggéré que comprendre, c’est d’abord catégoriser [C’est moi qui souligne]. Comprendre ce qu’est un « canari », pour prendre leur célèbre exemple, c’est savoir que c’est un oiseau. Mais comprendre ce qu’est un oiseau, c’est savoir que c’est un animal, de sorte que le sens des mots ou, plus brièvement, les concepts seraient classés en mémoire sémantique de façon hiérarchique : les catégories étant emboîtées dans des catégories plus générales sous la forme d’un arbre à l’envers. Dans une telle arborescence, chaque noeud représente le concept d’où partent des branches. L’analogie de l’arbre de la connaissance est très ancienne puisque, déjà explicitée à la Renaissance (Lieury, 1993), elle est présente dans les récits bibliques. Cette conception est maintenant usuelle en informatique, où l’on parle d’arborescence. »

Les applications proposant de créer des cartes mentales sont-elle un simple gadget de plus ?

Les applications qui proposent de créer des cartes mentales ont  l’avantage

– de jouer avec les codes de couleurs pour différencier les catégories

– de pouvoir inclure des photos : voici un autre extrait de l’ouvrage d’Alain Lieury

« […] les images (dessins, images mentales) sont plus efficaces en mémoire que les mots, comme l’ont montré Paivio, Fraisse et Denis. L’une de nos expériences a effectué cette comparaison sur près de deux cents lycéens de diverses terminales. […] Les images sont très efficaces en mémoire. Alors que le rappel moyen est d’environ 7 pour les mots, il est d’environ 9 pour les dessins. La reconnaissance est également remarquable avec en général 90% pour les dessins contre 70 % pour les mots. » Op. cit. p.37.

– de pouvoir interagir avec la classe en ajoutant des mots en direct à son projet.

Un outil possible est l’application « Simplemind », très facile à utiliser sur l’Ipad

Attention toutefois au moment d’exporter votre projet avec la version gratuite…

Publié le 30 mai 2014 par geraldinelarguier sur Français et numérique 

Il est aussi possible de transformer la carte mentale en capsule pour inverser la classe : les apprenants peuvent ainsi écouter la prononciation du lexique et remplir la carte mentale lacunaire chez eux, ce qui permet de passer au réİnvestissement en classe.

Voici un exemple à partir de la carte mentale sur le lexique de la langue :

Lexique de la langue from Geraldine L on Vimeo.

Vers la classe inversée : importance de la feuille de route

Voici un article que j’ai publié dans Français et Numérique et qui souligne le rôle de la feuille de route qui doit accompagner le visionnage de la capsule en autonomie.

Capsule pour aider les apprenants à travailler le lexique en autonomie

Voici une capsule qui a comme objectif de proposer quelques stratégies aux apprenants (FLE) pour apprendre en autonomie le lexique : des gestes simples comme

choisir une couleur réservée au lexique pour distinguer le lexique déjà connu des nouveaux mots,

surligner le nouveau lexique sur tous les supports d’apprentissage (compréhensions orales, écrites, documents déclencheurs, etc.)

classer et faire des sous-catégories en rassemblant les mots ayant des points communs

apprendre toutes les composantes du mot : son orthographe, sa prononciation, son genre, sa structure, ses différents sens, son étymologie, sa composition, etc.

– faire les exercices et surtout s’efforcer de réinvestir ce lexique dans les productions écrites ou orales, quitte à garder sous les yeux une feuille rassemblant ce lexique.

GL